Contre l'enfouissement des déchets radioactifs
 

Déchets nucléaires : pourquoi les mettre bien profond !

1% ? Non, ce n’est pas le taux d’inflation en 2008 !
1% ? Non, ce n’est pas le taux de croissance attendu pour 2009 !
1% ? Ce n’est pas seulement la part de l’alouette dans le pâté éponyme !
1%, c’est la proportion des communes françaises candidates à accepter un (ou des) futur centre d’enfouissement de déchets nucléaires. Un de plus…

En effet, plus de 3000 communes ont été pressenties en juin dernier pour accueillir (sic) des déchets dits de « faible activité à vie longue » (FA-VL) dans 20 départements (cf. le Journal de la Haute-Marne du 25/06/08). 3115 communes exactement, au sous-sol idoine constitué principalement d’argiles. Officiellement.
A y regarder de plus près, la plupart sont situées dans le quart nord-est de la France, dont la Haute-Marne. Hasard ? On peut en douter quand on sait que certains sont aussi des départements en voie de dépopulation rapide, donc aux ressources en berne, et à la population vieillissante. Une sorte de ventre mou…, en argile…
150 maires haut-marnais ont donc été directement contactés, individuellement, par la préfecture. A charge pour eux de prendre une décision, par délibération de leur conseil municipal, avant le 31 octobre 2008. Rapide !

Rectifions tout de même : les conseils municipaux donc, censés représenter l’ensemble de leurs concitoyens. C’est la démocratie.
Seulement, il y a parfois un hic, un grain de sable ! Plusieurs maires favorables ont été interpellés, et la délibération récusée, par une majorité de leurs ouailles, opposées à l’enfouissement de ces déchets sous leurs pieds. Et hors de leur approbation.
Car ce sont les maires et leurs conseillers, c'est-à-dire une poignée de personnes, qui ont l’énorme responsabilité de prendre une décision qui engage la commune pour des centaines de milliers d’années. Rien moins !

Une fois de plus se posent les mêmes questions (de fond !) concernant cet aspect peu reluisant de notre société de consommation énergivore.
Tout d’abord la question technique : que faire de nos montagnes de déchets, que nous produisons depuis plus de 40 ans sans trop nous soucier de leur devenir (déchets ménagers, industriels banaux, carcasses diverses, pneus, matières synthétiques, plastiques, chimiques…).
Et depuis quelque temps déjà, des déchets issus des activités nucléaires (militaire, civile, hospitalière…). Et maintenant de l’appareil de production nucléaire lui-même, c'est-à-dire les carcasses de bétons irradiés des centrales électriques. Un taux de croissance vertigineux en perspective, qui oblige à ouvrir des trous un peu partout.

S’imagine-t-on les volumes et les masses de matériaux dont il faut se débarrasser (les ordures ménagères, à côté, c’est presque une partie de plaisir) ? La France compte plus de 50 réacteurs nucléaires sur son territoire métropolitain, dont plusieurs sont ou arrivent en fin de vie (!). Que va-t-on en faire ?? Et on n’a pas le droit de parler du matériel militaire.
Sans compter les incertitudes, à l’échelle des millions d’années, qui pèsent sur les risques réels de contamination de toutes sortes. Certains scientifiques sont rassurants, d’autres sont franchement pessimistes sur les effets à très court terme. Ne doit-on pas, quand des divergences aussi profondes existent ainsi entre spécialistes de même compétence, appliquer à tout le moins le principe de précaution. Qui n’est pas l’immobilisme, comme d’aucuns veulent le faire croire, mais qui consiste à apprendre aux enfants à bien regarder de chaque côté de la rue avant de traverser.
Nous ne pouvons pas éternellement rester sur le même trottoir, les deux pieds dans le même sabot ! Alors, désabotons-nous, et traversons les yeux grands ouverts.

Revenons dans notre belle Haute-Marne, ou tout à côté :
En 1992 démarrait le centre de stockage de Soulaines-Dhuys, à notre porte auboise (capacité : 1 million de m3), puis à côté , Morvilliers ( 600 000 m3). La porte lorrraine est encore dans les études, à Bure, pour un enfouissement à grande profondeur (- 500m). N’oublions pas aussi la porte bourguignonne, à Valduc, en Côte-d’Or (site militaire).

Pour ne pas être en reste, ce sont donc 10 mairies qui, à ce jour, seraient candidates : plus de 6% ! Même nombre pour l’Aube. La Marne et la Meuse sont à 6 communes chacune, les Vosges 3, la Moselle 1 (chiffres officieux).
Tout ceci se passant dans une sorte d’indifférence qui ne laisse pas d’inquiéter. (Nous tenons cependant à saluer le Journal de la Haute-Marne qui a su relayer l’information depuis plusieurs mois).

Une autre question, de dimension éthique, se pose alors :
- Des mairies prennent, presque dans le secret, des décisions engageant l’avenir de leur commune pour des centaines de milliers d’années, au bas mot.
- Quand leurs concitoyens sont consultés sur la décision à prendre, ils refusent d’être candidats.
- Certains récusent même ouvertement les délibérations prises (cf. JHM du 08/02/09 par exemple).
Peut-on dans ces conditions parler encore de démocratie ? Et de démocratie participative ?

Depuis sa mise en place, l’industrie nucléaire, militaire puis civile, est un sujet tabou en France. Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement, a déclaré dans l’émission de FR3 : « Pièces à conviction » du 11 février dernier : « En matière nucléaire, les grands choix sont faits par le Président de la République ».
Mais le problème, insoluble et incontournable, de ses déchets fait remonter à la surface de l’opinion publique la question de leur production.

Nous osons le dire, la France, malgré quelques miroirs aux alouettes, n’a toujours pas le courage d’ouvrir la boîte de Pandore radioactive. Le nucléaire n’est pas l’industrie du jouet, et sa question n’a même pas fait partie des débats du fameux « Grenelle » : édifiant !

Nature Haute-Marne demande donc un moratoire concernant les décisions prises par ces quelques communes, sachant que leurs motivations sont avant tout d’ordre financier (autre question qui pose problème…).

Nous reprenons à notre compte les conclusions de l’association  Cedra, et du Réseau « Sortir du nucléaire », contenues dans la « Plate-forme de principes communs sur les déchets radioactifs » publié dans Sortir du nucléaire n° 41 de février 2009, page 15 :

«  Considérant que :

  • la filière nucléaire produit à toutes ses étapes des déchets et des rejets radioactifs, qui sont dangereux pour la santé et l’environnement pendant des millénaires ;
  • les déchets radioactifs sont en réalité notoirement ingérables ;
  • les décideurs, industriels et politiques, nient cette réalité, ne respectent pas ou contournent les lois et les normes applicables, et sont juges et parties, faute de contre-expertises indépendantes financées sur des budgets publics

Il faut impérativement :

  • Arrêter de produire des déchets radioactifs.
  • Arrêter d’extraire le plutonium.
  • Ne créer aucun nouveau site de stockage de déchets.
  • Exclure tout enfouissement de déchets en grande profondeur.
  • Entreposer les déchets sur site pour limiter les transports de matières radioactives.
  • Placer la filière nucléaire sous le contrôle d’organismes réellement indépendants de celle-ci.
  • Subordonner la stratégie globale de démantèlement des installations nucléaires aux conclusions d’un débat public national préalable.
  • Inclure les mines d’uranium, pour la plupart laissées à l’abandon, dans la stratégie globale de démantèlement des installations nucléaires. »

En conclusion, il est toujours agréable pour nous, Société de protection de la Nature, et pour tous les habitants de cette planète, notre Terre, de redire cette pensée de Saint-Exupéry, homme actif oh ! combien, mais également poète : «  Nous n’héritons pas de la Terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants ! »


Pour en savoir plus :
CEDRA (Collectif contre l'enfouissement des déchets radioactifs)
Réseau Sortir du Nucléaire

 
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